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Traduction "Soupe grasse" page 15, EDD n°57

Catégorieévénement spécial
Dernière date
samedi 26 janvier 2019 00:00

Soupe grasse

Si vous connaissez La Flocellière, vous savez qu’il y a, dans le haut du bourg, une chapelle que l’on appelle la chapelle de Lorette. Autrefois, il y avait un chapelain – un vieux curé qui était là  quasiment  en retraite – qui demeurait dans les dépendances et qui assurait le service de cette chapelle.

Dans la commune, tout le monde connaissait le chapelain comme un bon bonhomme qui avait bon cœur et la main large. Ça se savait. Il arrivait souvent qu’un galopin – chez nous, on dit un meillaô – vienne tirer sa sonnette et qui repartait avec un morceau de pain.

Le chapelain n’était pas tout seul dans sa grande maison. Il avait une bonne qui faisait le ménage, la cuisine et tout ce qu’il y avait à faire dans une maison. Une grande femme maigre, qui n’était  pas toujours de bonne humeur mais qui était tout de même arrangeante. Elle s’appelait Maria. Certains disaient que c’était sa gouvernante. En un mot, c’est elle qui menait la maison. Tous les deux ne vivaient pas grassement, avec le jardin, les œufs de trois ou quatre poules, un couple de lapins… Ils n’étaient pas plus riches que la moyenne et ils n’avaient pas souvent de viande à manger. Il arrivait de temps en temps qu’on leur apporte du poireau, des choux, quelquefois un morceau de lard, une poule…

Un jour, une femme du côté de l’Angelière vint voir le chapelain. Elle n’en finissait avec ses jérémiades. Le chapelain écoutait sans s’impatienter, il disait juste un mot de temps en temps. Si bien qu’en s’en allant, la femme lui avait pris la main et lui avait dit :

« Merci Monsieur le chapelain, j’enverrai les enfants vous porter une poule. »

Le dimanche, Maria avait cuisiné la poule au pot (soupe grasse). On n’était pas en carême, la poule était tendre, le bouillon assaisonné comme il faut. Ils s’étaient régalés. Les restes seraient pour après. L’affaire aurait pu s’arrêter là.

Le lendemain, vers onze heures et demi -midi, voilà que la sonnette se met à tintinnabuler. C’était un meillaô, un cherche-pain si vous aimez mieux.

« Faites le entrer » dit le chapelain à Maria qui était allée ouvrir la porte et se tournant vers le meillaô : « Tenez, mon ami, installez-vous à table, on va vous servir un bol de bouillon de poule avec un reste de viande. »

Maria n’avait plus qu’à servir. Il y avait sans doute longtemps que le meillaô n’avait pas fait un repas pareil : un bol de bouillon gras, une cuisse de poule, un morceau de pain et un verre de vin. Il n’avait pas fini de s’en vanter.

Le mardi, à peu près à la même heure, voilà que la sonnette se met à tinter. Encore un meillaô.

« Ah ! Monsieur le chapelain, mon frère est passé chez vous hier, je me suis dit que je pourrais vous dire bonjour en passant. »

« Entrez, mon ami. On va vous servir une soupe et un verre de vin » dit le chapelain.

Le mercredi, pareil. Encore un meillaô, pas le même.

« Ah ! Monsieur le chapelain, c’est mon cousin qui est passé chez vous hier, je lui avais promis de vous dire bonjour en passant. »

« Entrez, mon ami. On va vous servir une soupe et un verre de vin » dit le chapelain.

Le galopin n’avait pas encore tourné les talons et pris la porte que le chapelain et sa bonne se sont regardés d’un air entendu. Si mon cousin avait été là, je sais bien ce qu’il aurait dit : « C’est bien beau d’être bon, mais faut pas être poire ! »

Trois jours avaient passé, le chapelain pensait être tranquille. Mais voilà que le samedi matin, à midi, il y avait encore un meillaô à la porte.

« Bonjour, Monsieur le chapelain, je suis de la famille de quelqu’un qui est passé chez vous l’autre jour. Il m’a dit que vous seriez bien content que je passe vous dire bonjour.

Le chapelain faisait semblant de réfléchir. Maria regardait ça de loin.

« Ah ! Vous êtes parents !

- Oui, je suis un cousin issu de germain du neveu de son beau-frère !

- Entrez, on va vous servir une petite collation. »

Le gars s’était installé à la table, sans se faire prier. Maria avait apporté un bol couvert avec une assiette. Une fois l’assiette enlevée, on voyait trois ou quatre croûtes de pain qui flottaient sur de l’eau claire. Et puis, elle n’avait pas mis de verre. Ce diable de galopin a voulu commencer à se plaindre, on voyait bien que ce n’était pas ce qu’il attendait.

« Eh bien, mon ami, dit le chapelain, ce bouillon ne vous convient pas ? C’est pourtant un cousin issu de germain du neveu du beau-frère du frère de notre bouillon de poule de dimanche. »

Voilà le meillaô parti sans demander son reste.

Ma foi, il avait sans doute passé le mot, et la leçon avait dû porter, parce qu’il s’est bien passé six mois avant de revoir un meillaô sonner à la porte…

Henri Sicot

 

 

 
 

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  • samedi 26 janvier 2019 00:00

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